Histoire de coopération : faire d'une potentielle concurrente sa partenaire
Léa et Valérie sont toutes deux entrepreneuses à l’Ouvre-Boîtes avec un profil qui, de prime abord, semble similaire. Elles sont toutes les deux formatrices et consultantes en entreprises sur les questions de management et de cohésion d’équipe.
Elles se rencontrent à l’Ouvre-Boîtes lors du séminaire des formateur·ices, un événement annuel qui rassemble l’ensemble des entrepreneur·euses de la formation. Lors de la présentation de Léa, Valérie se dit qu’elles ont des outils communs et qu’il sera peut-être intéressant de faire des choses ensemble.
Léa, quant à elle, est toute jeune entrepreneuse. Elle est interpellée ce jour-là par des exemples d’entrepreneuses qui pourraient être vues comme concurrentes et qui pourtant travaillent ensemble. Pour elle qui vient du milieu purement commercial, c’est contre-intuitif mais le message fait son chemin.
Valérie la recontacte quelques temps après le séminaire pour l’intégrer à un appel d’offre sur lequel plusieurs entrepreneur·euses répondent : «c’était un appel d’offre pour la MSA. Ils voulaient travailler avec un outil spécifique que Léa est a priori la seule a utiliser à l’Ouvre-Boîtes. Je l’ai naturellement sollicité pour l’intégrer à notre réponse.» raconte Valérie qui ajoute «même si in fine nous n’avons pas décroché cet appel d’offre, cela nous a permis d’avoir une première expérience de travail commune et le courant est bien passé.»
Quelques temps après, Léa tient peut-être un client d’envergure à Niort. Elle lui propose d’intervenir à deux formatrices pour que ce soit plus intéressant et utile pour eux. Ils sont ouverts à la proposition. Il lui faut alors trouver un profil spécifique qui parle le langage des cadres dirigeants. Valérie semble être la bonne personne : elle a précédemment exercé dans de grosses entreprises, a managé de nombreuses équipes de tailles différentes. Elle possède une solide expérience des équipes en transitions ou en phase de grossissement. «Elle a aussi fait partie de comités de direction et cela parlait beaucoup à mon client» précise Léa.
Valérie est partante. Elles réalisent un rendez-vous avec le client qui valide la proposition de deux formatrices. «ça nous rassurait de partir à deux sur cette formation pour 40 cadres manageurs répartis en deux groupes et dans un temps relativement court» explique Valérie. Pour Léa, qui débute dans la formation et l’entrepreneuriat, cette coopération permet de rassurer le client «si l’une de nous tombe malade par exemple» mais aussi de challenger le contenu car «on est toujours meilleures à plusieurs et cela donne un meilleur rendu client. Cela permet aussi de diviser la charge de travail en deux» détaille t’elle.
A partir de là, elles co-construisent la formation et les différents ateliers. Sur le terrain, elles découvrent leur complémentarité avec «des zones de confort différentes qui nous ont permis de bien gérer les aléas» et «deux énergies très différentes qui permettent d’embarquer plus de monde».
Pour l’organisationnel, elles travaillent en synchrone pour se coordonner puis en asynchrone pour avancer chacune sur une partie avant de se retrouver pour mettre en commun, tester et réajuster. Elles se font aujourd’hui confiance et ont basé leur coopération sur l’authenticité et la transparence : «on se dit les choses si besoin et on ré-ajuste par la suite» précise Valérie.
»Au début il a fallu du temps pour comprendre quelles sont les priorités de l’une, de l’autre pour simplement organiser nos temps de travail» raconte Léa. Mais une fois cet apprentissage fait, le travail est fluide. «On prend beaucoup de plaisir à animer ensemble ! Et ce n’est pas le même stress ni la même charge mentale de gérer à deux. On peut aussi facilement se soutenir et mieux gérer les difficultés » ajoute Valérie.
Si leur formation commune est encore en cours aujourd’hui, elles ont poursuivit le travail de réponse à des appels d’offre en parallèle. Elles attendent notamment le retour d’un projet sur lequel elles ont embarqué une dizaine d’autres entrepreneur·euse de l’Ouvre-Boîtes. «Cette fois, c’est Valérie et moi qui avons été motrices mais les fois d’avant c’était d’autres. C’est une vraie force de pouvoir répartir la charge de travail de cette manière et de se faire confiance. Et puis cela nous permet d’aller frapper plus haut et de voir plus grand que si on était seule. On ne pourrait pas le faire autrement» précise Léa.
De potentielles concurrentes, elles sont devenues partenaires de confiance. D’après elles, il y a bien plus à y gagner qu’à y perdre et pas seulement en terme financier. La coopération permet d’enrichir les regards et les pratiques, de prendre plus de plaisir à travailler mais aussi d’apprendre des choses sur soi, sur l’autre et pour les clients. Comme l’affirme Léa : «En formation on dit souvent qu’il faut célébrer chaque victoire…et franchement c’est mieux de célébrer à plusieurs !»